- Qui est Gérard KANGO OUEDRAOGO?
|
Gerard KANGO OUEDRAOGO
|
Monsieur Gérard Kango Ouédraogo, homme politique burkinabé, aujourd’hui à la retraite, est né le 19 septembre 1925 à Ouahigouya, province du Yatenga.
Il fit ses études primaires dans sa ville natale, puis entra à l’école primaire supérieure Terrasson de Fougères de Bamako, en ressortit diplômé en 1945 pour entrer dans l’administration coloniale au palais du Gouverneur à Bamako.
A la reconstitution de son pays, la Haute-Volta en 1947, on le retrouve Chef du Secrétariat Particulier du Gouverneur de la nouvelle colonie, à Ouagadougou, puis au poste de Directeur du personnel du territoire.
De septembre 1948 à janvier 1956 il est fonctionnaire au cabinet du Haut-Commissaire de l’AOF à Dakar comme Directeur des affaires réservées et flirte un laps de temps avec Radio Dakar où il occupe le poste de Chef de service de la culture et des langues vernaculaires. |
|
Durant la première République de Haute-Volta (5 août 1960-3 janvier 1966), le Président Maurice Yaméogo, pour l’éloigner du pays, le nomme Ambassadeur auprès du Royaume Uni de Grande-Bretagne à Londres. A la chute du régime, il reviendra en Haute-Volta et occupera au Ministère des Affaires Etrangères les postes de Directeur des Affaires Africaines et Malgaches, de Conseiller Technique du Ministre et enfin de Représentant du Haut-Commissariat aux Réfugiés (HCR) en Haute-Volta.
Mais Gérard Kango Ouédraogo est surtout un monument politique dans son pays. Il est de ceux des fils du terroir qui, dès les premières heures de la reconstruction du territoire de Haute-Volta en 1947, ont animé la vie politique nationale jusqu’à l’indépendance en 1960. Et de 1960 à nos jours, une vie active, chargée de faits historiques, au rythme des pulsations de la nation.
Aux élections législatives du 30 mars 1952 pour la formation de la deuxième Assemblée Territoriale de Haute-Volta, Gérard Kango Ouédraogo est élu Conseiller Territorial de la circonscription de Ouahigouya. Avec son ami et compagnon le Capitaine Dorange Michel, ils créent en juillet 1956 le Mouvement Démocratique Voltaïque (MDV) avec lequel ils entreprennent contre l’administration coloniale, les autorités coutumières et religieuses une courageuse, sinon téméraire œuvre émancipatrice au profit des populations du Yatenga : lutte pour l’application des lois nouvelles relatives à l’Indigénat, aux travaux forcés ; sensibilisation, conscientisation, lutte pour le progrès et contre les traditions rétrogrades, défense des anciens combattants, veuves et orphelins de guerre etc.
Sous la bannière de ce parti il sera réélu à ce poste de Conseiller Territorial jusqu’à l’indépendance du pays le 5 août 1960. Président des Affaires politiques et administratives au sein de cette Assemblée, il est par la suite élu Grand Conseiller de l’AOF (avril 1952 /mars 1959) où il est d’abord membre de la commission des bourses de l’Assemblée fédérale, puis tour à tour Président de la commission de la justice et des affaires politiques, Questeur, et enfin Président du Grand Conseil.
En janvier 1956 et ce jusqu’à l’indépendance, il est élu Député de la Haute-Volta à l’Assemblée Nationale Française, il y assume les fonctions de Secrétaire de la commission des territoires d’Outre-Mer et représente cette Assemblée au Fonds d’Investissement pour le Développement Economique et Social (FIDES).
De 1956 à 1960 il est Conseiller Municipal de la ville de Ouagadougou, puis Président Fondateur d’un parti, le Mouvement de Regroupement Voltaïque (MRV), section nationale du PRA (Parti du Regroupement Africain).
Au cours de la Première législature de la première république de la Haut-Volta qui dura d’avril 1959 au mois d’octobre 1965 Gérard Kango Ouédraogo est Président de la Commission de Défense Nationale tout en étant Conseiller Municipal de sa ville natale Ouahigouya.
Le 3 mai 1970, il est élu Président de l’Union Démocratique Voltaïque, section du Rassemblement Démocratique Africain (UDV/RDA), et le 20 décembre suivant Député de la Circonscription de Ouahigouya à l’Assemblée Voltaïque.
Le 18 février 1978, sur proposition du Président Aboubacar Sangoulé Lamizana, et après un long débat, l’Assemblée Nationale investit Gérard Kango Ouédraogo dans la fonction de Premier Ministre, Président du Conseil des Ministres de Haute-Volta.
Aussi, en mai 1978, Gérard Kango Ouédraogo est-il de ceux qui prièrent le Président Lamizana de faire acte de candidature à la magistrature suprême afin de garantir la stabilité, l’unité nationale et la démocratie en Haute-Volta.
Suite aux élections législatives du 30 avril 1978 où sa liste emporta les cinq sièges du Département du Nord (Ouahigouya) Gérard Kango Ouédraogo est élu Président de l’Assemblée Nationale poste qu’il occupait encore lorsqu'intervient le coup d’Etat du comité militaire de redressement pour le progrès national (CMRPN) le 25 novembre 1980. Pendant cette période, à Luxembourg, Gérard Kango Ouédraogo fut élu Coprésident du comité paritaire ACP/CEE de l’Assemblée Constitutive de la convention de Lomé.
Le 27 mars 1980 il est élu secrétaire général du RDA.
Evidemment une activité politique aussi intense ne se passe pas sans être émaillée de hauts et de bas.
Gérard Kango Ouédraogo connut les internements et la prison politiques à plusieurs reprises au camp de l’unité à Ouagadougou, à la gendarmerie nationale à Ouagadougou, à Ouahigouya, au CENEC de Pô et dans les locaux du Conseil de l’Entente à Ouagadougou.
Avec l’ouverture démocratique de la IVè république Gérard Kango Ouédraogo devint Député du peuple, est totalement réhabilité de la condamnation des TPR par la cour suprême et est réélu le 11 mai 1997.
Mais il démissionne volontairement le 27 mai suivant. Le congrès ADF/RDA tenu à Bobo-Dioulasso les 28 et 29 mai 1998, à l’unanimité, proclame Gérard Kango Ouédraogo, Président d’Honneur à vie du parti.
Cette décision est confirmée par les congrès suivants tenus en 2001 et 2003.
Son Excellence Gérard Kango Ouédraogo est marié, père de nombreux enfants et petits enfants, et récipiendaire de plusieurs hautes distinctions nationales et étrangères.
Gérard Kango Ouédraogo, homme d’honneur et de devoir |
|
 |
|
 |
|
|
|
| L’itinéraire politique de Gérard Kango Ouédraogo dit «le Duc du Yatenga» commence effectivement le 2 janvier 1956 avec son élection en tant que député au Palais-Bourbon à Paris, sous la bannière du Parti progressiste voltaïque (PPV), issu de
l’éclatement de l’Union voltaïque qui avait jusque-là un quasi-monopole sur la scène politique du pays. |
|
Une Union voltaïque qui avait la caution des chefs coutumiers, ce qui explique sa grande audience. Auparavant, l’étudiant à l’école moderne Terrason - de - Fougères de Bamako, s’était, avec son compère feu maître Demba Diallo (ancien Bâtonnier et Médiateur de son pays, le Mali), signalé négativement à l’attention de ses encadreurs, suspecté de Gaullisme qu’il était, à une époque (1940) où le général De Gaulle n’était pas en odeur de sainteté dans son pays.
C’est dire la force de caractère de l’adolescent qui bravait ainsi toute l’administration coloniale avec les nombreux risques encourus. Cette réputation de «sale gosse» finira par le faire connaître des Gaullistes de France (y compris le général) et à rentrer dans leur histoire une fois ses humanités finies à Bamako.
Il deviendra leur élément numéro un en Haute-Volta et, par l’intermédiaire du colonel Dorange, De Gaulle cherchera à le connaître.
Le colonel Dorange peut, du reste, être considéré comme le mentor du «Duc du Yatenga» en politique, puisque c’est avec lui qu’il créera le Mouvement démocratique voltaïque (MDV), une fusion du PPV et du néo-Parti socialiste d’émancipation des masses africaines (PSEMA) de Issoufou Joseph Conombo. En 1957, ledit MDV récoltait 26 élus lors des législatives, devenant ainsi la deuxième force politique du pays derrière le PDU de Ouezzin Coulibaly qui avait 37 conseillers.
Dès lors, celui à propos duquel, Daniel Ouezzin Coulibaly disait, malgré les bisbilles et le divorce qui interviendra entre eux deux mois après la formation du premier gouvernement burkinabè, qu’il «n’est pas une fabrication de l’administration coloniale, ni des communautés quelles qu’elles soient», devenait un homme politique incontournable.
Quoi de plus normal donc qu’il ait assisté au déjeuner d’avril 1957 à Abidjan chez Félix Houphouët-Boigny en compagnie de Ouezzin Coulibaly et du colonel Dorange.
A l’ordre du jour de ce déjeuner qui sera suivi d’une entrevue à Yamoussoukro, le partage du pouvoir dans la colonie de Haute-Volta qui, à l’instar de toutes les autres, s’acheminait vers l’indépendance. Sur la base du protocole d’Accord du 29 avril 1957, le gouvernement sera constitué de sept ministres issus du RDA et cinq du MDV. Au Grand-conseil de l’AOF siégeaient trois conseillers du RDA et deux du MDV.
A peine quelques mois plus tard, on assistera à un divorce spectaculaire entre le MDV et le RDA avec la naissance du Groupe de solidarité voltaïque (GSV) dont le chef de file était Gérard Kango Ouédraogo. Il faut dire que la perspective des indépendances avec le prestigieux poste de président de la République attisait bien des convoitises. La fronde du GSV ne fera pas tomber le gouvernement Ouezzin qui avait bénéficié entre-temps du soutien opportun de Maurice Yaméogo pour se refaire une majorité à l’Assemblée. Par la suite, Ouezzin récompensera Maurice Yaméogo, en le propulsant numéro deux de son cabinet avec la suite que l’on connaît. A l’avènement de Maurice Yaméogo, Gérard Kango Ouédraogo, en raison de son aura et de son poids, sera confiné dans un exil doré, en étant nommé ambassadeur à Londres.
Sous le gouvernement militaire provisoire, (1966-1970), le «Duc» mettra à profit son inactivité forcée pour faire renaître l’UDV/RDA qui triomphera sans coup férir lors des consultations législatives du 20 décembre 1970 en remportant 37 députés.
En vertu de la Constitution, le chef du parti majoritaire, allié au PRA (douze députés pour ce parti) sera investi Premier ministre par l’Assemblée nationale.
Le «Duc du Yatenga», seul élu du peuple à la tête de l’Etat (le président de la République était ipso-facto «le militaire le plus ancien dans le grade le plus élevé» selon la Constitution) peut être a posteriori considéré comme le chef légitime de la Haute-Volta de l’époque. Mais, la situation politique trouble et complexe de l’époque avec une dyarchie à la tête de l’Etat conjuguée au choc des ambitions entre Gérard Kango Ouédraogo et le président de l’Assemblée nationale Joseph Ouédraogo, ainsi que dans une moindre mesure Issoufou Conombo, auront raison de son gouvernement trois années à peine après son installation. Charmant, éloquent et disposant d’un solide réseau relationnel, le chef du gouvernement qui selon ses propres termes, a vu «venir le coup du 8 février 1974» n’a pas bougé le plus petit doigt, parce qu’il ne voulait pas verser une goutte de sang burkinabè pour asseoir ses intérêts personnels. |
|
 |
 |
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
Honneur, élégance, classe et patriotisme, nous sommes loin du spectacle affligeant que nous offrent au quotidien, les politiciens de la nouvelle vague. C’est du reste cette haute opinion qu’il a de lui-même et du peuple burkinabè qui lui vaudra d’être consulté aussitôt après sa chute par son tombeur, le général Sangoulé Lamizana.Conseiller «occulte» entre le 8 février 1974 et 1978, le «Duc» opèrera un retour magistral sur la scène politique lors des législatives de 1978.
Son parti, l’UDV/RDA s’en sort cette fois avec 28 députés et Gérard Kango Ouédraogo est élu président de l’Assemblée nationale avec 29 voix contre 28 à Joseph Ouédraogo après des joutes homériques.
Porté à la tête du gouvernement, Issoufou Conombo formera le 16 juillet 1978 une équipe homogène, l’opposition ayant refusé toute participation.
Un gouvernement faible donc, tout comme le président de la République, Lamizana ayant été élu au second tour par une faible marge et avec le soutien de ses frères d’armes
Les syndicats ne cesseront pas de harceler le gouvernement et ce qui devait arriver, arrivera le 25 novembre 1980, avec l’irruption des militaires sur la scène politique. Ainsi se terminait la carrière politique de celui qui nous a affirmé que «lorsque vous sortez du peuple, on ne peut plus vous reconnaître.
A contrario, si vous êtes avec lui, vous ne pouvez pas vous tromper, car il vous mettra en garde».

Au premier plan (en veste) Gérard Kango Ouédraogo, dont on dit qu’il a bravé l’administration coloniale, a un solide réseau national.
|